Le scandale des agressions sexuelles dans le périscolaire à Paris
Dernière mise à jour : 14 mars

Le sujet des agressions sexuelles dans les écoles est un problème important pour cette campagne municipale. Cette fiche donne les éléments clés pour comprendre la situation et fait quelques propositions.
Benoit Bonnechère - Président fédération AFC de Paris
Les faits / le scandale : la découverte de nombreux cas d'agressions sexuelles (ou violentes) par des animateurs du périscolaire à Paris
On parle d'un nombre important d'animateurs (>50) et de cas rapportés (>150)
Il est mentionné aussi que certains animateurs à problèmes dans une école étaient déplacés. Cela génère une inquiétude forte chez les parents, une perte de confiance et un climat de suspicion dans certaines écoles (par ex. St Dominique dans le VIIème)
Cette affaire s'est déclarée après un numéro de cash investigation que je conseille de regarder https://www.france.tv/france-2/cash-investigation/8088696-periscolaire-etablissements-prives-enquete-derriere-le-portail-de-nos-ecoles.html
Et divers articles de presse avec des révélations successives (je mets quelques liens en accès libre)
Comment fonctionnent les écoles primaires (maternelles et élémentaires) à Paris ?
Qui sont les parties prenantes ? Combien de personnes ? Comment sont-elles encadrées ?
(NDA il faudrait aussi chiffrer combien cela coûte mais je n'ai pas trouvé de données)
Quelques chiffres
620 écoles (267 maternelles + 273 élémentaires) à Paris.
Nombre de classes : incertain (pas trouvé de chiffres) env 7000 (estimation perso) ?
nombre moyen d’élèves par classe s’élève à 20,4 en maternelle et 19,7 en élémentaire
139 000 élèves à la rentrée 2025
Source : https://www.lessentiel.fr/paris/notre-ville/2025-09-01/les-donnees-de-la-rentree-scolaire-paris-5321
Les intervenants
De nombreux intervenants avec différents statuts
Education nationale : les professeurs des écoles,
et aussi le directeur. Il a parfois une décharge et n'enseigne alors pas. Le directeur, malgré son nom, n'a pas autorité sur les professeurs. Il est chargé de l'organisation.Pour les professeurs des écoles : 27h de présence par semaine , hors vacances scolaires
Ville de Paris
Le personnel de la caisse des écoles de l'arrondissement : préparation des repas et service à la cantine
Les ATSEM (appelés ASEM à Paris) en maternelle : employés territoriaux de la ville chargés d'aider les enseignants de maternelle : hygiène des enfants, activités pendant la classe, surveillance cantine etc. Leur travail a lieu pendant le temps scolaire. Il y aurait 1600 à 2000 ASEM . Ces personnes sont pilotées "fonctionnellement" par les professeurs des écoles. Elles ont une hiérarchie qui leur est propre. Elles travaillent à temps plein (35h) annualisé (NDA : je ne sais pas très bien comment cela se passe pendant les vac scolaires - pas clair)
Les PVP Professeurs de la ville de Paris : Cas unique en France, semble-t-il, ils dispensent les cours de musique, arts plastiques et sport. Ils sont environ 700 à 800 (ils prennent la classe pendant le temps scolaire pour une heure de cours, en général sans le professeur de la classe). Ils dépendent de la DASCO (direction des affaires scolaires) et forment un corps spécifique de la ville de Paris. 20h de service par semaine (sans doute uniquement hors vacances)
Les centres de loisirs et le périscolaire : les deux activités sont différentes mais pilotés par un REV (Responsable Education Ville) et assurées par des animateurs recrutés par la ville. (voir https://www.paris.fr/pages/activites-a-l-ecole-2073)
Le périscolaire (TAP Temps d’Activités Périscolaires) : deux créneaux mardi et vendredi de 15h à 16h30 - Certains TAP peuvent être assurés par des intervenants/associations extérieurs. Les TAP sont gratuits.
La pause méridienne
de 16h30 à 18h l'étude surveillée (élémentaire) ou goûter (maternelle)
Le centre de loisirs (le mercredi après-midi et pendant les vacances) Les ateliers bleus ou les activités d'associations pendant les centres de loisirs peuvent être payants.
Le REV doit sans doute avoir un poste stable (quel horaire ?) mais les animateurs sont souvent des vacataires à rotation rapide (faible horaire). A noter : depuis un an, il est demandé un certificat d'honorabilité aux nouveaux animateurs.
Dans la ville de Paris, la DASCO est la direction des Affaires scolaires. Elle est subdivisée en une dizaine de CASPE (circonscriptions des affaires scolaires et petite enfance) : une pour 2 arrondissements en général).
Nommé par la DSACO, le REV pilote les animateurs ; il ne pilote pas les ASEM ni le personnel de la caisse des écoles. Le REV est , en général, le directeur du centre de loisirs.
Il peut aussi y avoir des AVS (maintenant appelés AESH Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap). Je ne connais pas bien leur statut ; c'est encore une autre variété.
A retenir : des intervenants avec différents statuts et une répartition des rôles complexe.
Si tout le monde s'entend bien, cela fonctionne ….
Diagnostic : Des horaires morcelés : le temps partiel contraint et des personnels difficiles à recruter
Une structuration du temps néfaste aux enfants
Une semaine déstructurée - Il n'y a pas deux jours de suite avec les mêmes horaires. C'est dommage car les enfants ont besoin de régularité. Ce point est particulièrement saisissant quand on sait que cette organisation a été mise en place suite aux états généraux sur les rythmes scolaires organisés par la ville en 2013.
Pas de responsabilité globale sur ce qu'il advient des enfants - en particulier en cas d'agression ou problème L'organisation n’est pas optimale pour traiter les cas d'agression sexuelles.
Si on se place dans une perspective centrée sur la famille (ou l'enfant), les responsabilités sont éclatées.
Personne ne traite globalement ce qui se passe pour les enfants (dit autrement : on ne s'intéresse pas au parcours client, à l'expérience client…)
C'est particulièrement critique dans le cas d'agression/problème rapporté par un enfant : si mon enfant rentre de l'école avec des signaux d'alerte (mutisme, mal être, …) , vers qui les parents peuvent-ils se tourner ??
La multiplicité des intervenants et des filières hiérarchiques fait que les parents ont l'impression de se faire balader quand ils veulent savoir ce qui s'est passé.
Une communication aux parents déficiente et même parfois catastrophique
Au-delà de la question de la responsabilité globale, la simple coordination pour la communication aux parents est elle aussi déficiente : chaque cas mis à jour est particulier mais le point commun est la communication non maîtrisée qui génère la suspicion quand les parents attendent de la transparence.
Comme les parties prenantes sont nombreuses, on oscille entre le "il ne s'est rien passé dans mon domaine" et la communication désordonnée de tous les acteurs (Dasco, directeur école, maire d'arrondissement, REV, …)
Un exemple : L'école rue Vigée Lebrun dans le XVème
il y a deux ans un parent a suspecté une "agression sexuelle" sur son enfant. C'est ce parent qui, de fait, a fait la communication sur Internet et dans les boucles de parents sur cet évènement. Cela a généré des réactions de tous les acteurs chacun pour son compte avec un résultat tout à fait désastreux pour la réputation de l'école.
Il s'est avéré que l'incident avait été monté (? mais cela n'aura pas ) par le parent pour obtenir une dérogation pour quitter l'école.La dérogation aura été accordée.
Mais les parents de l'école ont maintenant la certitude que si un événement réel se produisait, le traitement ne sera pas du tout à la hauteur (pas d'information, réactions flottantes et contre productives des personnels, règne de la rumeur).
Des animateurs qui subissent un temps partiel contraint et éclaté
Les animateurs sont le cœur du problème : leurs horaires sont eux aussi différents chaque jour dans une formule de temps partiel contraint et très peu attrayant.
Au bout du compte : les CASPE n'arrivent pas à recruter … et il leur est bien difficile de sélectionner les candidats quand il y a moins de candidats que de postes à pourvoir.
Le faible attrait de ce travail fait aussi que la rotation des animateurs est très rapide et rend vaines toutes les tentatives de formation.
Dans certaines écoles, les équipes en place préfèrent rester en sous-effectif plutôt que recevoir un nouvel animateur, souvent à problème et mal sélectionné. La charge de sa surveillance, en plus de celle des enfants, est perçue comme rédhibitoire.
Des propositions
Mesures de prudence et de prévention
==> Pas d’enfant seul avec un adulte (NdA : cette consigne serait déjà en place actuellement)
==> pour toutes les salles : remplacer les portes pleines par des portes avec une partie vitrée transparente. De manière générale, faire une évaluation de chaque bâtiment scolaire pour vérifier sa sécurité quant à la protection des enfants.
Une attente forte des parents : la semaine de 4 jours - une amélioration pour les animateurs
=> mettre en place la semaine de 4j (LM JV)
La semaine de 4 j est la formule retenue par 80% des écoles en France et par la plupart des écoles privées à Paris.
NDA : A Paris, j'ai pu faire une enquête en 2013 sur le groupe scolaire Violet Fondary dans le 15ième. C'est le choix qui arrivait de loin en tête.
Il présente l'intérêt d'apporter une régularité dans le rythme des enfants (chaque journée est structurée de la même manière, sauf le mercredi).
Il permet, en partie, de réduire la précarité ( temps partiel éclaté actuel) pour les animateurs en concentrant leur intervention sur le mercredi ou les fins de journées, formule plus souple pour un deuxième emploi ou pour un étudiant.
Fidéliser les animateurs et rendre leur poste plus attrayant
=> Embaucher en priorité des personnes déjà présentes à l'école et demandeuses d'un appoint financier (ASEM, profs., personnel de la caisse des écoles)
=> Faire une enquête auprès des animateurs, des REV pour identifier leurs problèmes et leurs attentes afin de rendre les postes plus attractifs et de pouvoir ainsi sélectionner parmi des postulants plus nombreux.
Une redéfinition des missions et des lignes hiérarchiques dans les écoles
=> Concentrer la responsabilité sur ce qui se passe à l'école sur une personne (ce peut être le REV, ou bien le directeur d'école) en lui donnant autorité sur tout ce qui se passe dans ses locaux. Quelle que soit l'origine et le statut des intervenants : associations, animateurs, professeurs, personnel de cantine/caisse des écoles, ASEM, PVP, AESH.
Un interlocuteur référent pour les parents qui pilote l'école, en particulier dans la communication transparente vers les parents. Sa première mission sera de faire l'évaluation de sécurité de l’école et d’en rendre compte en conseil d’école.
La performance : Combien coûte ce système ultra compliqué ? Qu'apporte-t-il aux enfants et aux familles ?
=> Mettre en place des indicateurs partagés de bien-être de l'enfant, construits avec les familles. Y intégrer le coût par enfant des dispositifs en place.
Les particularités parisiennes, en particulier les PVP, doivent aussi être réévaluées au vu de leur coût et de leur intérêt. La multitude d'intervenants fait que les coûts sont impossibles à maîtriser. La performance du système, le bien-être des enfants sont, eux-aussi, perdus dans cette complexité où personne n'assume la vision globale de ce qui est fait aux enfants.
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Nota : ce qui ne marchera pas, en l'état :
Former les animateurs : rotation trop rapide des personnes
Sélectionner les animateurs : pas possible quand il y a moins de postulants que de postes
questions :
quel est le soutien de la ville quand une plainte est déposée ? Pourquoi ne se constitue-t-elle pas partie civile ?
comment ne pas être saisi par la différence de traitement entre l’acharnement de certains élus parisiens contre le collège Stanislas (privé catholique) et l'incapacité totale de ces mêmes élus à traiter ces horreurs dans le périscolaire parisien.
BB



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